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April 29, 2006

Le nucléaire iranien ne cesse de s'enrichir

April 28, 2006

Comment l'ennemi islamique s'installe parmi nous

Subventionner l’ennemi
par Daniel Pipes
FrontPageMagazine.com
28 avril 2006

Une école islamique de Londres enseigne que les non-Musulmans sont l’équivalent de porcs et de chiens, et elle bénéfice pour ce faire des subventions du contribuable britannique. Plus alarmant encore, les autorités britanniques, informées de ce problème, déclarent ne pas avoir l’intention d’entrer en matière.

Le Times de Londres relata le 20 avril derner, dans un article intitulé «Muslim students ‘being taught to despise unbelievers as ‘filth' (des étudiants musulmans sont incités à considérer les incroyants comme «de la saleté»), que la Hawza Ilmiyya, une institution chiite, enseigne sur la base des écrits de Muhaqqiq al-Hilli. Cet érudit vécut entre 1240 et 1326 et rédigea l’ouvrage de base faisant autorité en matière de loi chiite (charia al-Islam). À propos des incroyants, qualifiés de kafirs, il enseigne les choses suivantes:

L’eau laissée dans un récipient après que tout animal y ait bu est considérée comme propre et pure excepté après le passage d’un chien, d’un porc et d’un incroyant.

Il existe dix sortes de saletés et d’impuretés: l’urine, les excréments, le sperme, la charogne, le sang d’animaux morts, les chiens, les porcs, les infidèles.

Lorsqu’un chien, un porc ou un incroyant touche ou entre en contact avec les vêtements ou le corps [d’un Musulman] alors que [l’incroyant] est mouillé, il est absolument obligatoire [pour le Musulman] de se laver et de nettoyer l’endroit entré en contact avec l’incroyant.

En outre, un chapitre sur le djihad précise les conditions auxquelles les Musulmans doivent combattre les Juifs et les Chrétiens.

Les prises de position de Hilli étaient la règle dans le chiisme pré-moderne, mais elles ont de quoi choquer à Londres, en 2006. En effet, plusieurs étudiants de la Hawza Ilmiyya les estimèrent «troublantes» et «très inquiétantes». Leur porte-parole déclara au Times que les étudiants «sont exposés à des interprétations très littéralistes du Coran. Il s’agit d’interprétations qui ne seraient pas reconnues par 80 à 90% des Musulmans, mais qui sont enseignées dans cette école. De nombreux membres de la communauté musulmane sont très préoccupés par cette situation.» Le porte-parole conclut sur un appel urgent à réexaminer «le genre de matériel enseigné ici et dans d’autres écoles [islamiques] de Grande-Bretagne».

Le régime iranien de Mahmoud Ahmadinejad parraine la Hawza Ilmiyya; par exemple, trois ans sur les huit ans du programme sont passés dans les institutions de la ville iranienne de Qom. En fait, les statuts de l’école datant de 1996 indiquent même qu’«à tout moment, au moins l’un des membres du conseil d’administration doit être un représentant du Conseil suprême spirituel de la République islamique d’Iran».

L’institution qui finance cette école, l’Irshad Trust (groupe d’administrateurs d’Irshad), est une «œuvre caritative reconnue» par la Charity Commission (Commission gouvernementale sur les œuvres caritatives – voir la page consacrée à l’Irshad Trust sur le site de la Commission), un privilège qui lui vaut divers avantages fiscaux; en d’autres termes, le contribuable britannique subventionne bel et bien l’école. Celle-ci bénéficie notamment d’un programme baptisé «Gift Aid» (soutien aux dons) par lequel le gouvernement restitue l’impôt sur le revenu versé par les donateurs. Les dons octroyés aux institutions caritatives reconnues peuvent motiver une requête de bonification de 28%. Ainsi, un don de 100 £ à l’Irshad Trust lui vaut un versement total de 128 £.

Un de mes correspondants, en découvrant l’article du Times, écrivit aussitôt à la Charity Commission pour la prier de prendre des mesures à l’encontre du Trust Irshad. Il reçut très vite la réponse suivante:

Sujet: RE: "Les non-Musulmans sont ‘de la saleté’” De: Monaghan-Smith Tracey [tracey.monaghan@charitycommission.gsi.gov.uk] À: xx Envoi: Jeudi 20 avril 2006

Monsieur,

Merci pour votre courriel dont le contenu a retenu notre attention. Nous devons toutefois vous informer que, se basant sur la directive CC47, la Commission n’entrera pas en matière sur l’affaire en question. Nous vous encourageons à vous pencher sur cette directive, qui établit très clairement le cadre de notre rôle à cet égard. La Commission ne traitera donc pas cette plainte. J’espère que cela clarifie la situation.

Salutations,

Mme Tracey Monaghan-Smith
Charity Commission

La directive CC47, intitulée «Complaints about Charities» (plaintes à l’encontre des œuvres caritatives) fournit des lignes directrices réglant les activités de la Commission. Phrase clé: «Les plaintes sont traitées par la Commission en qualité d’organe de régulation si, d’une manière générale, elles impliquent un sérieux risque de préjudice ou d’abus d’importance à l’encontre de l’œuvre caritative, de ses biens, de ses bénéficiaires ou de sa réputation; si notre intervention est nécessaire pour les protéger; et si elles constituent une réaction appropriée à la situation en question.» Mme Tracey Monaghan-Smith et ses supérieurs ont donc conclu que la Hawza Ilmiyya ne causait aucun «préjudice d’importance» à l’œuvre caritative.

Commentaires:

(1) Paradoxalement, même si certains des étudiants musulmans de la Hawza Ilmiyya trouvent ses enseignements «troublants» et «très préoccupants», les mandarins de la Charity Commission considèrent qu’ils ne causent aucun «préjudice d’importance».

(2) Le radicalisme sans retenue de la Hawza Ilmiyya s’inscrit dans une attitude plus générale des écoles islamiques occidentales prônant l’hostilité à l’encontre des Juifs et des Chrétiens ou entretenant des liens avec le terrorisme. Je documente cette situation dans un article – «Qu’enseigne-t-on dans les écoles islamiques?» – et dans un blog – «Troubles at Islamic Schools in the West».

(3) Il faut donc s’attendre à ce que la Hawza Ilmiyya continue allègrement sur sa lancée, malgré les protestations de ses élèves, les objections soulevées au Parlement et les plaintes des citoyens, ceci toujours en bénéficiant d’un «soutien aux dons» de 28%. C’est ainsi que l’infrastructure de l’ennemi s’édifie parmi nous.

April 24, 2006

Comment la charia progresse en Occident

Loi islamique à l’université Belmont
par Daniel Pipes
FrontPageMagazine.com 24 avril 2006

Qui aurait cru que la Belmont University de Nashville, Tennessee, appliquerait la loi islamique à son personnel? C’est pourtant justement ce qui s’est produit ce mois-ci.

Bill Hobbs, conseiller politique républicain, blogueur et rédacteur pour Belmont, qui se targue d’être «la plus grande université chrétienne du Tennessee», s’est indigné, en février 2006, de la lâcheté des médias américains qui refusaient de publier les caricatures danoises. Il dessina alors lui-même une caricature très approximative et la publia sur son site personnel. Sa réaction patienta dans l’obscurité jusqu’au 5 avril, date à laquelle un agent politique démocrate, Mike Kopp, écrivit à son sujet, la qualifiant de

page bizarre intitulée Draw Mohammed [tirez le portrait de Mahomet] montrant une esquisse du prophète Mahomet, une bombe à la main. La caricature est intitulée «Mohammed Blows» [à peu près «Mahomet s’envoie en l’air», mais le jeu de mot est trop riche en anglais pour être bien traduisible]. Sous la caricature, Hobbs invite ses lecteurs à «exercer [leur] droit à la liberté d’expression en dessinant des images du Prophète de l’Islam, Mahomet». Il termine par cette phrase: «Voici ma première caricature de Momo.» Le tout a été publié à 0 heures 40 le vendredi 24 février 2006.

Hobbs répondit quelques heures plus tard, sur le site de Kopp, comme suit:

Je vis en Amérique où j’ai la chance d’avoir le Premier Amendement et je suis furieux que les médias américains se montrent trop lâches, face aux islamofascistes, pour publier les caricatures. J’ai publié cette caricature et appelé d’autres à dessiner les leurs pour protester tant contre la lâcheté des médias américains que contre les tentatives des islamistes d’entraver la liberté d’expression au moyen de menaces d’attentats à la bombe, de fusillades, d’incendies et de décapitations. Mais je n’ai jamais fait la promotion de cette intervention et, pour être franc, j’en avais oublié l’existence jusqu’à aujourd’hui.

P.S. Je suis insensible aux religions dont un grand nombre d’adeptes posent des bombes aux quatre coins du monde et menacent de tuer les incroyants pour des caricatures. Oui, je plaide l’insensibilité. Je préfèrerais ne pas voir mes enfants grandir dans un monde gouverné par des islamofascistes.

Le 13 avril, John Spragens, du Nashville Scene reprit l’affaire dans un article dont le chapeau était le suivant: «La caricature grossière d’un blogueur local prétend défendre des principes mais ne fait guère preuve que de mauvais goût». L’article comprenait une miniature de la page en question (voir illustration). Comme le suggère son introduction, Spragens (dont un autre blog nous apprend qu'il va quitter le Nashville Scene pour travailler au service d’un représentant démocrate, Jim Cooper) critique vertement Hobbs:

En profanant délibérément le personnage central de l’Islam – «le prophète Mahomet», pour reprendre les guillemets sarcastiques de Hobbs –, il s’attaqua à une religion toute entière, et non à un groupe de fanatiques qui pervertissent les enseignements de la religion. Ensuite, il le dessina de manière primitive, avec une barbe et une bombe, et une légende scabreuse. Il semble que les terroristes barbus musulmans soient les nouveaux Juifs cupides au nez crochu. Plus les choses changent… [ellipse dans le texte original].

D’un autre côté, Roger Abramson, le prédécesseur de Spragens au Nashville Scene, prit la défense de Hobbs tôt le 14 avril.

Mais le mal était fait. Hobbs annonça en fin de matinée sur NashvilleFiles.com: «Je quitte mon poste à l’université Belmont lundi prochain [17 avril] sur la base d’un accord à l’amiable.»

Une semaine plus tard, l’université n’avait toujours pas donné suite aux appels de la presse souhaitant obtenir davantage d’informations et n’avait fait aucune déclaration au sujet du départ de Hobbs. Son silence fut remarqué dans la blogosphère (par exemple par Hugh Hewitt), mais cela ne l’incita pas à prendre position.

Bien que la démission de Hobbs ait été provoquée par un article du Nashville Scene, sa rédactrice en chef, Liz Garrigan, s’attaqua violemment à Belmont:

Ce geste de Belmont – en admettant qu’il s’agisse d’une démission forcée, et je pense que c’est ce que tout le monde croit – est veule. Oui, les opinions politiques de Hobbs n’ont jamais été un secret. Pourquoi cette école s’intéresse-t-elle soudain à ce que nous avons à dire au sujet d’une action d’un individu? L’école n’a pas à le sacrifier juste parce que nous pensons qu’il a fait quelque chose d’assez lamentable.

Quoi qu'il en soit, le geste de Belmont a des conséquences concrètes. De même que lorsque la société danoise Arla Foods condamna les caricatures ou que le premier ministre suédois exigea leur suppression d’un site Web, ce licenciement au Tennessee constitue une capitulation devant la loi islamique. Chaque défaite de ce genre a pour effet de favoriser la progression inexorable de la charia.

April 18, 2006

Un témoignage de reconnaissance involontaire pour Campus Watch

par Daniel Pipes
FrontPageMagazine.com
17 avril 2006

Quel est l’impact de Campus Watch, un projet que j’ai créé pour «examiner et critiquer les études moyen-orientales au Amérique du Nord en vue de les améliorer», après quatre ans d’activités? Il reçoit de nombreux compliments équivoques (mon préféré: Miriam Cooke, de Duke University, affirme qu’il menace «de saper les fondements mêmes de l’éducation américaine»), mais le témoignage le plus éloquent, bien qu’involontaire, de son efficacité est apparu la semaine passée.

L’histoire commence le 11 novembre 2005, lorsque l’association «Students for Justice in Palestine» (Étudiants pour la justice en Palestine, SJP) de l’Institut technologie de Georgia University abrita une série de films intitulée «Life under Occupation» (la vie sous l’occupation) s’étendant sur une semaine. Bien que ces manifestations aient été gérées et financées par l’institut, leur message était totalement déséquilibré dans l’approche de la guerre israélo-palestinienne. Orit T. Sklar, une étudiante de première année en ingénierie environnementale et génie civil, fit part de sa désapprobation à cet égard le 5 décembre sur FrontPageMag.com dans un article intitulé «Georgia Tech’s Propaganda War» (Guerre de propagande à l’institut de Georgia).

Entre autres choses, Sklar, qui est présidente du Hillel de son école, fondatrice de l’association «Jackets for Israel» et co-plaignante dans une action en justice contre Georgia Tech exigeant la liberté d’être en désaccord avec l’orthodoxie officielle de l’école, critiqua Laura Bier, professeur assistante fraîchement nommée. Le CV de Bier indique que ses intérêts «englobent l’histoire et la culture du Moyen-Orient, les partages sociaux entre hommes et femmes et la loi islamique ainsi que le rôle de la femme en Égypte». Sklar précise que Bier, lors de son exposé donné pendant la série de films,

parvint à inclure le terme «occupation» dans chacune de ses phrases. C’était comme une leçon de propagande nazie – si on répète quelque chose assez souvent, les gens vont croire que c’est vrai. (…) La situation actuelle au Moyen-Orient est beaucoup plus complexe et mérite davantage qu’une description tenant en un seul mot – un mot devenu le meilleur complot de marketing arabe de l’histoire. La promotion de la rhétorique anti-Israël par la professeur Bier me porte ainsi à douter de ses capacités intellectuelles et de son objectivité sur les questions moyen-orientales.

L’affaire aurait dû se terminer là, mais ce ne fut pas le cas. Le 14 avril 2006, la livraison du périodique Chronicle of Higher Education comportait un article rédigé par une certaine «Leah Bowman», un pseudonyme évident, et intitulé «The New Blacklists» (les nouvelles listes noires). L’auteure, qui se présentait comme une professeur assistant, y fournit de nombreux détails permettant de l’identifier comme étant Laura Bier:

C’était à la fin de mon premier semestre d’enseignement de l’histoire du Moyen-Orient dans une grande université du sud. (…) Je m’étais exprimée parmi un panel d’experts à propos de l’occupation israélienne de la Palestine. C’était la dernière soirée d’un festival de films palestiniens baptisé «Life Under Occupation» et sponsorisé conjointement par quelques organisations de défense des droits humaines et par un groupe plaidant la cause palestinienne dont je suis la consultante. (…) J’ai dit quelques mots sur le coût humanitaire de l’occupation supporté par les Palestiniens et sur la nécessité de parvenir à une solution politiquement équitable. (…) Une étudiante présente dans le public et qui préside un groupe pro-israélien (…) écrivit un article, publié sur un site Web de droite, me décrivant comme quelqu’un qui ferme les yeux sur le terrorisme et critiquant mon emploi du terme «occupation» pour décrire la présence militaire israélienne en Cisjordanie.

Relevons qu’Orit Sklar, une étudiante, signa son article de son vrai nom, alors que Laura Bier, professeur, eut recours à un pseudonyme. Les précautions de Bier révèlent bien l’ambiance paranoïaque régnant dans les facultés d’études moyen-orientales. Bier explique pourquoi:

Des sites Web entiers sont consacrés à présenter les universitaires spécialisés dans le Moyen-Orient comme de dangereux radicaux qui constituent une menace pour les jeunes esprits américains. J’ai vu un grand nombre de mes professeurs, collègues et amis placés sur de telles listes noires au cours des quelques dernières années.

C’est là une référence aux «dossiers» des débuts de Campus Watch.

Le message adressé à ceux qui estiment qu’un débat éthique et raisonné devrait être tenu sur l’implication américaine en Irak, sur l’occupation israélienne et sur la guerre contre le terrorisme n’a jamais été aussi clair: nous vous observons. Et nous allons vous descendre.

C’est une référence à un texte de Martin Kramer accompagnant la parution de Campus Watch: «Collègues universitaires, vous allez devoir vous y habituer. Oui, vous êtes surveillés.» (Mais il n’évoqua d’aucune manière le fait de descendre qui que ce soit).

Bier se félicite de sa chance de bénéficier du soutien de ses collègues de faculté, mais elle ajoute qu’ils «ont également indiqué qu’en ma qualité de membre non titulaire de la faculté, je restais vulnérable. Ne faites rien de ‹stupide› pendant vos cours, dirent-ils, et vous devriez vous en sortir.» Elle creuse davantage ce conseil:

J’ai compris le message de mes collègues. Quelque part, entre l’acte d’apprendre à mes étudiants à penser de manière critique à propos du monde et de la place qu’ils entendent y occuper et celui de confier à mes étudiants une certaine interprétation, de leur donner un exposé ou de les prier de débattre de questions qui pourraient m’entraîner au beau milieu d’une chasse aux sorcières publique, il y a une ligne à ne pas franchir. Le problème est que personne ne peut me dire où se trouve cette ligne. (…)

Ainsi me voilà, devant ma classe. Je pense aux articles que je n’écrirai pas et aux livres que je ne publierai pas si je fais un pas de travers, je dois passer tout mon temps à défendre mon intégrité en tant qu’érudite et enseignante en regard de l’administration de l’université.

Bier en fait une description négative, mais sa petite crise lui profite, en fait – à elle comme à ses étudiants. La vie intellectuelle s’en trouve améliorée lorsque des enseignants profondément engagés (en tant qu’étudiante, Bier signa une pétition demandant l’arrêt des investissements en Israël) remettent en question leurs bases de réflexion. Après tout, l’objectif de l’université est de stimuler les idées. Campus Watch obligea Bier à peser ses mots et à réfléchir à ce qu’elle devait faire pour empêcher ses collègues de l’abandonner. Elle doit maintenant prendre en compte un autre point de vue. Elle va ainsi peut-être même comprendre que la salle de cours n’est pas une tribune de place publique.

Mais Bier ne pense pas en ces termes et s’apitoie sur son dilemme:

Je pense à la carrière dont je rêvais pendant les interminables années d’études et de rédaction de dissertation – un rêve qui pourrait être détruit. C’est à ce moment que je fais un choix entre éduquer mes étudiants et sauver ma peau. Et c’est à ce moment que ceux qui veulent étouffer le débat sur le campus remportent leur victoire. Ils n’ont pas besoin de me faire licencier pour me faire taire. Je le fais déjà moi-même. Et je sais que je ne suis seule dans ce cas. Je parle sans cesse avec des collègues non titulaires des moyens de faire en sorte que la prudence en classe ne se traduise pas trop souvent par de l’autocensure.

Bier souligne un fait que nous avons également remarqué à Campus Watch, à savoir que les enseignants non titulaires sont plus attentifs à nos critiques. De parler «sans cesse» de nous semble exagéré, mais le récit chargé d’émotions de Bier nous indique que nous devons consacrer davantage de temps aux plus jeunes membres de la guilde.

«Nous partageons aussi nos sentiments de colère et de frustration, poursuit-elle, devant le fait que les visées politiques de quelques personnes bien placées et bien organisées peuvent nous dicter la manière d’exercer un métier que nous avons consacré des années à apprendre.» Je dois être l’une de ces «personnes bien placées et bien organisées». Mais, soyez sans crainte, notre héroïne se dresse, triomphante, face à ces forces viles et puissantes:

Mais la colère et la frustration me donnent aussi des raisons d’espérer. En effet, elle signifient que malgré l’incertitude et l’anxiété qui accompagnent l’enseignement de thèmes controversés dans un climat intellectuel inhospitalier, nous n’avons pas renoncé à la notion selon laquelle il nous appartient d’apprendre à nos étudiants que le monde est un endroit embrouillé, compliqué – un endroit qui ne se laisse pas aisément réduire à des platitudes ou des clichés politiques sur «nous» et sur «eux». Lorsque cette lutte deviendra moins importante que la titularisation ou le confort matériel, je saurai qu’il est temps de chercher une nouvelle orientation professionnelle.

C’est bien le témoignage le plus révélateur exprimé jusqu’à présent par un expert du Moyen-Orient sur la «colère et la frustration» engendrées par Campus Watch. Merci, Laura Bier, pour ces encouragements et ces informations.

April 14, 2006

Trouver le loup


Cliquer sur le dessin pour obtenir un bon condensé du débat actuel. Voir aussi cet article paraissant aujourd'hui dans le Wall Street Journal.

Le débat suisse sur l'Islam est lancé

Le «papier sur l’Islam» (Identité et liberté de religion – à l’exemple des musulmanes et musulmans de Suisse) du Parti démocrate chrétien suisse a été publié hier. Il sera approuvé par le comité du parti lors de la réunion du 28 avril prochain. Il s’agit, selon ses auteurs, d’une base de discussion, d’une contribution au débat, qui n’est pas destinée à être utilisée d’une quelconque manière aux chambres fédérales.

L’ensemble est plutôt désorganisé. La structure du document est hésitante, peu convaincante, et révèle bien la difficulté des politiques suisses à traiter de ce thème, à y consacrer une véritable réflexion approfondie. Des questions sont abordées plusieurs fois (sans compter le condensé et l’introduction), des affirmations sur l’Islam qui relèvent davantage des lieux communs politiquement corrects y sont répétées plutôt que démontrées, des problèmes sont laissés entiers (le voile) et des propositions sont avancées qui témoignent d’une réflexion très superficielle (formation des imams en Suisse).

Mais il faut saluer cet effort du PDC, dont on peut espérer qu’il lancera un réel débat sur la question de l’Islam, bien qu’il laisse totalement de côté, hélas, la question essentielle, justement, d’un tel débat, à savoir: qu’est-ce que l’Islam?

En effet, dès l’introduction, le PDC annonce faire l’amalgame entre l’Islam et le Christianisme: «Les grandes religions ont un point commun: un message de paix universel qui doit guider les actes quotidiens, sans tenir compte des différences.» Amen. Le papier est entièrement basé sur cette prémisse non vérifiée, voulant que l’Islam ait au fond les mêmes aspirations que les Églises chrétiennes. C’est la plus grande et la plus dangereuse des erreurs de ce papier, et il faut espérer que le débat qu’il lance permettra de la mettre à jour le plus tôt possible.

Mais prenons les points faibles dans l’ordre.

La plupart des ouvrages religieux peuvent s’interpréter de manières très diverses. Selon l’interprétation, tout ou son contraire se justifie.

Pas dans l’Islam, où l’interprétation du texte sacré fait office de loi – civile, pénale et religieuse. L’interprétation du Coran a certes donné lieu à quelques écoles différentes (quatre écoles sunnites et une, ou plieurs, écoles chiites), mais celles-ci s’accordent fort bien sur l’essentiel. Un débat sur l’Islam doit commencer par faire la synthèse des interprétations de ces écoles en ce qui concerne les éléments les plus fondamentaux de la société musulmane. Ce n’est qu’alors qu’une affirmation comme celle figurant en introduction pourrait, le cas échéant, être émise.

Le Coran est le fondement de l’Islam. En fonction des orientations, le Coran est interprété différemment. Comme pour presque toutes les religions, il existe des interprétations plus proches du texte fourni et d’autres qui comprennent le Coran plutôt par analogies. Outre le Coran, il existe divers autres ouvrages religieux, très différents les uns des autres et qui prennent une importance variable en fonction de la tendance religieuse.

Que faire d’un tel fouillis? Il n’y a là que matière à embrouiller le lecteur. Alors qu’en fait, les choses sont claires. Le Coran est en lui-même difficile à comprendre car il n’est ni édité, ni structuré – ses sourates se suivent sans aucune relation logique (elles sont classées par ordre de taille décroissant). Pour mieux comprendre, les érudits le complètent par la «pratique» (sunna) du prophète – de longs recueils de traditions verbales relatant les actes et les paroles de Mahomet. Certains de ces recueils, qui ont tous été écrits des décennies, voire des siècles après les faits, sont considérés comme parfaitement authentiques (sahih), d’autres sont moins bien confirmés tout en étant universellement utilisés, et d’autres encore sont déclarés être de pures inventions par certaines écoles. Mais, ici aussi, les divergences ne portent que sur des points sans aucune importante pour la compréhension de l’Islam par des non-Musulmans – les différentes versions se recoupent mieux encore sur l’essentiel que les Évangiles sur le message central de Jésus.

Sur cette base, les érudits musulmans rédigèrent des commentaires du Coran, où l’on découvre le contexte, où les choses sont dites et expliquées avec un très grand luxe de détail, où les citations de personnages de l’époque abondent pour confirmer ou préciser telle ou telle interprétation, où des jeux de questions-réponses viennent compléter la réflexion, etc. – ce sont des ouvrages proprement interminables, souvent écrits dans un arabe extrêmement sentencieux et ampoulé. Mais ici aussi, seuls des détails insignifiants pour la compréhension globale des événements séparent les différents livres.

Ensuite, et en partie parallèlement, des savants (oulémas) et des juristes se mirent au travail et définirent les lois de l’Islam en se fondant sur le Coran, la sunna et les commentaires. Ils débattirent longtemps et formèrent les quatre écoles de jurisprudence sunnites mentionnées plus haut. Puis, les délibérations ayant fait le tour de la question (finalement, le coran ne comporte que six mille et quelques versets extrêmement répétitifs – ce n’est pas le bout du monde), on considéra que le consensus était désormais suffisant, que l’ijtihad (l’effort de réflexion) était clos et que les lois de base ne seraient plus adaptées. Dans le chiisme, cet effort de réflexion est censé continuer – les mollahs iraniens sont ses dépositaires actuels.

Il suffit donc, pour en avoir le cœur net, pour savoir ce qu’est l’Islam, tant concrètement, à l'origine, qu'à travers les interprétations consensuelles et ayant fait autorité durant près de 1400 ans de ses meilleurs érudits, de consulter ses lois, de comparer les prescriptions des quatre (ou cinq) écoles de jurisprudence, de trier ce qui est important de ce qui l’est moins, et de faire la différence entre ce qui est commun à toutes et ce qui diffère fondamentalement. Les éléments centraux, partagés par toutes les écoles, seront la part de l’Islam qu’il est impossible de supprimer ou de modifier sans entamer sa substance, sans contester sa prétention à être d’origine divine.

Ce n’est pas un si grand travail, finalement. Et c’est ce travail que le PDC doit à ses membres, s’il entend leur donner un avis éclairé sur la question. Et non pas lui servir de ces phrases rassurantes mille fois réchauffées et jamais goûtées telles que

La pratique de l’Islam, que ce soit d’orientation sunnite ou chi’ite, est basée principalement sur des rites spirituels et traditionnels. Les opinions orthodoxes prévoient un respect plus strict des rites. Ceux-ci ne sont pas automatiquement liés au fondamentalisme islamiste ou au terrorisme.

On constatera dans ce contexte que la religion de l’Islam ne représente de danger ni pour la sécurité mondiale ni pour la sécurité de la Suisse en particulier. (…)

Le fondamentalisme islamiste est une idéologie totalitaire instrumentalisant la foi islamique pour se légitimer respectivement l’Islam à des fins politiques et propagée par diverses organisations extrémistes. Il ne reconnaît pas les institutions libérales démocratiques.

Le fondamentalisme islamiste rejette la société laïque occidentale. Plus précisément, le fondamentalisme islamiste tente, au nom de la religion, d’étendre son influence et exige que son interprétation fondamentaliste islamiste spécifique s’applique comme seule instance politique et juridique d’une société.

Dans toute religion, on trouve des éléments extrémistes. Toutefois, seule une petite minorité de ces personnes se radicalise au point de pratiquer la violence.

Comme si nous devions subir aussi les assauts de terroristes juifs ou chrétiens! Comme si le Judaïsme et le Christianisme avaient aussi leur djihad, guerre de conquête planétaire ancrée dans leurs écritures saintes, inspirée par les actes de leur personnage central (Jésus chef de guerre, comme Mahomet, avec à son actif plus de 80 campagnes militaires et des décapitations de masse en place du village?), confirmée par les exégèses originales des juristes qui en firent les lois d’une civilisation millénaire. Ici, le PDC est simplement coupable de répéter les litanies des apologistes, sans fournir le moindre effort d’information complémentaire.

Certes, le PDC est politiquement correct également dans le sens opposé: il exclut toute entorse aux lois suisses, refuse toute exception qui aurait pour conséquence de tolérer une quelconque inégalité sexuelle ou religieuse, va jusqu’à proposer de rendre obligatoire la participation des enfants aux camps de classe, demande une séparation stricte entre l’instruction scolaire de la religion et l’instruction religieuse prodiguée par les communautés. Tout cela est très bien.

Mais le papier trébuche à nouveau sur la question du voile (occidentalisé en «foulard» dans la version française), à nouveau en raison d’un manque de recherche originale, «car le Coran ne permet pas d’interprétation claire» (sourate 33, intitulée «Les femmes», verset 59: «Ô Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles: elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées»), et se contente de proposer diverses variantes dont aucune ne règle la question, finalement laissée, d’une manière ou d’une autre, à l’interprétation des responsables et aux aléas des circonstances locales.

Suit un chapitre sur la lutte contre le fondamentalisme religieux qui refait la part belle au prêche que les Musulmans apologistes servent si volontiers aux Occidentaux depuis le milieu du siècle passé. Ainsi, avant de découvrir quelques aspects, et pas les principaux, des conflits que le droit musulman présente avec nos lois, nous sommes priés de croire sur parole que

Certains commandements des écrits religieux de l’Islam sont, si on les interprète textuellement, en contradiction avec les principes constitutionnels fondamentaux de la Suisse, par exemple l’égalité entre l’homme et la femme, l’interdiction de discriminer, le droit humain à l’indemnité physique et morale. Pour la plupart des musulmans, ceci n’est pas un problème, car ils font passer les règles de l’Etat dans lequel ils vivent avant les commandements religieux qu’ils n’interprètent pas textuellement, mais en fonction d’un contexte historique et culturel.

Et le PDC croit bon d’ajouter, en note de bas de page qu’il «est conscient que les exemples ci-dessous et certains principes normatifs ont été édictés par des juristes musulmans du Moyen-âge et qu’ils sont comparés avec une situation juridique actuelle en Suisse. Nombre des règles islamiques mentionnées sont devenues obsolètes dans la plupart des pays musulmans.»

Le PDC veut ici ignorer que si ces lois sont devenues obsolètes, c’est sous la coupe des puissances coloniales, qui, après avoir tenté de les conserver, ou de les adapter, se sont vu contraintes de les supprimer car elles les trouvèrent intolérables. Jamais encore les Musulmans n’ont d’eux-mêmes renoncé à la charia, tout simplement car ce serait un crime d’apostasie qualifié valant la peine de mort. Et, depuis les années 1970, la charia refait son apparition dans les pays musulmans. Ici encore, le PDC induit ses membres en erreur, par manque de recherche authentique, par excès de confiance en des thèses rassurantes mais en fait chancelantes.

Les quelques exemples proposés (les éléments majeurs – le djihad et la dhimma – ne sont bien sûr même pas mentionnés) de droits et obligations musulmans se bornent à un survol des plus succincts, inclut une troisième mention du fait que tout cela ne s’appliquerait qu’en cas d’interprétation «à la lettre» (après combien de telles répétitions le membre moyen du PDC devient-il enfin méfiant?) et contient cette contre-vérité impardonnable:

Bien que l’excision ne soit pas autorisée dans la religion musulmane, beaucoup de fillettes la subissent encore dans un certain nombre de pays d’influence musulmane au nom de la tradition.

En vérité, on estime que 97% des femmes égyptiennes sont excisées. Et cela essentiellement à cause d’une citation du noble prophète Mahomet (Sunan Abou Daoud, usages généraux, livre 41, n° 5251):

A woman used to perform circumcision in Medina. The Prophet (peace_be_upon_him) said to her: Do not cut severely as that is better for a woman and more desirable for a husband.

L’islam ne se débarrassera pas de l’excision en mentant sur ses écritures, pas au XXIe siècle.

Le titre suivant traite de la «radicalisation», qu’il affirme due «principalement à des problèmes sociaux, des difficultés d’intégration et un manque de perspectives». Le fait que les Musulmans aient des problèmes sociaux partout dans le monde occidental, qu’ils éprouvent des difficultés à s’intégrer dans des sociétés dont ils condamnent pourtant eux-mêmes la permissivité et qu’ils semblent manquer de perspectives dans des sociétés où chacun à droit à des libertés individuelles inconnues dans l’Islam, à un niveau d’éducation largement supérieur et à un éventail d’activités professionnelles quasiment illimité ne semble pas devoir être expliqué par les auteurs du papier.

En lieu et place d’une recherche, les auteurs recourent à un mantra industrialisé par le secteur social et selon lequel la «solitude, la déception, des sentiments de marginalisation ou d’impuissance, la recherche d’un sens général à la vie et de règles simples, fermes et globales, la rébellion contre les parents et d’autres autorités et souvent l’absence de connaissances en matière religieuse» inciteraient, par un miracle si sombre que personne ne souhaite seulement poser les yeux sur sa présence pourtant accablante, uniquement des Musulmans, de naissance ou convertis, à devenir des terroristes.

L’Islam est le seul point commun, tant des déshérités sociaux que des milliardaires cosmopolites, tant des convertis haineux de leurs propres valeurs que des érudits adorateurs d’Allah qui prônent le djihad actuel. Et le PDC cherche des causes dans les petites misères sociales des sociétés les mieux vivables de la planète.

Sur cette base, le PDC parvient tout de même, comme à force de Bodenständigkeit, à énoncer des politiques à première vue sensées et à affirmer que l’État doit s’«opposer avec détermination» aux «fondamentalismes religieux». Mais comment l’État pourrait-il s’opposer à cela sans s’opposer aussi à la religion même où les fondamentalistes trouvent tous leurs arguments religieux, soit les plus motivants? Le PDC reste silencieux. Cette politique revient à punir des excès (le terrorisme) tout en s’interdisant au départ de condamner ses motivations (la religion). C’est absurde.

Et c’est cet aveuglement qui incite les auteurs à préconiser «la création d’une faculté de théologie musulmane dans l’une des universités de Suisse». Partout dans le monde, depuis des décennies, la progression de la religion islamique va de pair avec celle du terrorisme, des conflits sociaux et du retour à des lois moyenâgeuses et le PDC souhaite lutter contre cette tendance en favorisant l’expansion de la religion islamique, sans se pencher une seule minute sur cette religion. C’est inintelligent.

En conclusion, le papier du PDC montre bien le niveau, hélas très bas, du débat actuel sur l’Islam en Suisse. Et c’est un très grand service que ce parti chrétien rend à ses compatriotes. Il faut l’en féliciter. Cordialement. Chaleureusement.

April 12, 2006

Le Moyen-Orient est en train d'exploser

Un condensé des travaux de divers analystes nous apprend que la région englobant le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, qui abritait quelque 112 millions d'habitants en 1950, en compte plus de 425 millions aujourd'hui et devrait atteindre la barre des 830 millions bien avant 2050. La Banque mondiale estime que 36% de la population totale de la région sont constitués de jeunes gens de moins de 15 ans, contre 21% aux États-Unis et 16% dans l'Union européenne. Dans le Golfe, près d’un habitant sur deux a moins de 20 ans.

Le problème est de deux ordres. D’une part, il sera très difficile de créer les infrastructures nécessaires (alimentation, habitat, eau potable, assainissement, éducation) pour accueillir convenablement cette vague de jeunes gens dans une région où ces installations sont déjà souvent largement déficientes actuellement. Et il faudrait qu’il s’y produise une explosion parallèle du secteur économique pour absorber cet énorme surplus de main-d’œuvre.

D’autre part, la région fonctionne mal aussi pour d’autres raisons. Comme le disait Abdelaziz Bouteflika il y a deux ans et demi déjà,

Par une sorte de coïncidence de l’histoire, c’est entre 1860 et 1880 que les Japonais, les Hindous, les Chinois, les Arabes et les Juifs ont simultanément pris conscience de leur décalage historique par rapport à l’Occident, et entrepris d’y remédier en jetant les bases de leur renaissance et de leur mise à niveau technologique. À l’exception de celui porté par la Nahda arabo-musulmane, tous ces projets ont débouché au bout de quelques décennies sur des puissances de rang respectable. (…)

Quand on médite avec le recul nécessaire sur les causes de l’échec de la Nahda arabe et sur ce «siècle pour rien» durant lequel nous avons connu «nakba» sur «naksa», on ne peut que se rendre à l’évidence que celles-ci ne sont pas d’ordre économique, politique ou militaire, mais qu’elles tiennent fondamentalement à nos représentations mentales, à notre manière de comprendre le monde et la vie. Ces causes ne ressortissent pas aux moyens, comme le disait le penseur algérien Malek Bennabi, mais aux idées.

Si nous avons tout fait faux, les uns et les autres, et ce, malgré la diversité des approches appliquées, c’est parce que nos idées, qui, elles, procèdent d’une même trame et d’une même matrice, nous ont porté aux mêmes erreurs et aux mauvaises décisions que nous avons parfois prises dans les domaines de la politique, de l’économie et des relations internationales depuis que nous avons repris en main nos destinées.

Et lorsque nous rapportons notre état général à celui des nations qui se sont développées au cours du XXe siècle, lorsque nous comparons leurs ressources naturelles aux nôtres, lorsque nous confrontons les facteurs favorables et les handicaps qui ont été le lot des uns et des autres, l’explication de notre retard et de notre échec collectif surgit d’elle-même: la vision des choses qui nous anime est inadaptée aux défis et aux réalités auxquels nous sommes confrontés.

Et si les efforts de réforme ont échoué jusqu’alors,

C’est parce que nos élites ont été sourdes aux analyses et aux thèses de nombre de penseurs, c’est parce que notre frilosité religieuse a récusé leur sens critique et leurs audaces, qui, seules, permettent de dépasser l’horizon connu, que le projet engagé par la Nahda ne pouvait qu’échouer. Aujourd’hui, d’autres intellectuels arabes tentent, à la faveur d’une écoute mieux disposée, compte tenu du degré d’humiliation et de faillite atteint, de poser de nouveau les questions que nous avons longtemps refusé de regarder en face. (…)

Malheureusement, ces idées novatrices qui allaient s’implanter et s’acclimater sans heurts majeurs au Japon, en Chine et en Inde allaient être combattues dans le Monde arabe, à l’instigation du courant traditionaliste qui y voyait une dangereuse source de «bidaâ».

En langage clair, si la région ne réforme pas sa religion très bientôt, et très profondément, elle explosera bel et bien, à notre visage, ou à celui de nos enfants.

Demain, le 13 avril, l’un des grands partis politiques suisses, le Parti démocrate chrétien, dévoilera la version finale de son «papier» sur l’Islam intitulé «Identité et liberté de religion – à l'exemple des musulmanes et musulmans de Suisse». Il y a là le débat le plus vital pour l’Europe – et le monde – des prochaines décennies.

April 11, 2006

Mauvaises nouvelles du monde universitaire occidental

Mauvaises nouvelles de Slippery Rock University
par Daniel Pipes
New York Sun
11 avril 2006

Dans l’examen de l’évolution de l’univers des hautes études aux États-Unis, les problèmes tels que l’éviction d’un président de faculté à Harvard ou le radicalisme exacerbé des études moyen-orientales à Columbia attirent l’essentiel de l’attention. Des institutions moins importantes sont plutôt ignorées, ce qui peut donner l’impression qu’elles ne souffrent pas autrement de l’effet de la domination par l’extrême-gauche.

Et une telle impression serait vraiment tout à fait injustifiée. Pour obtenir un compte rendu des tranchées, je suggère de lire le témoignage serein et factuel d’Alan H. Levy, auteur de huit ouvrages bien accueillis sur les questions culturelles et sociales américaines et qui enseigne l’histoire depuis 21 ans à l’université de Slippery Rock, une institution financée par l’État et située au nord de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Fondée en 1889, elle accueille 7500 étudiants, accepte quatre candidats sur cinq et représente le niveau moyen à bas des hautes études américaines.

Levy, qui y est titulaire, informa le Select Committee on Academic Freedom (Comité d’enquête sur la liberté de l’enseignement) du Parlement de l’État de Pennsylvanie des dégâts causés à Slippery Rock par la rectitude politique, la pensée unique et la malhonnêteté. Son témoignage mérite d’être lu en entier (en anglais: http://hnn.us/articles/23231.html), mais en voici les éléments saillants:
▪ Un moins une professeur titulaire falsifia ses références, prétendant avoir publié deux livres alors qu’aucun ne peut lui être attribué.
▪ L’activité au sein du syndicat de la faculté «peut constituer un facteur décisif de promotion et de titularisation», davantage que l’expérience et l’excellence.
▪ Les enseignants sont si politisés que «les étudiants ont la nette impression que pour obtenir de bonnes notes, il suffit de répéter les opinions politiques que les professeurs souhaitent entendre».
▪ Une professeur féministe «entame ses cours en déclarant ouvertement et sans honte qu’elle va enseigner selon un point de féministe et qu’elle n’en tolérera aucun autre en sa présence».
▪ Le comité qui supervise les modifications des programmes d’enseignement a «pour usage, en examinant la bibliographie des programmes, de poser une seule question capitale – la liste d’auteurs comporte-t-elle 50% de femmes?»
▪ Le soir même où The Vagina Monologues («Les monologues vaginaux»), une pièce féministe qualifiée de «venimeuse et anti-mâle» par Christina Hoff Sommers, fut donnée sur le campus, un professeur qui avait critiqué la pièce trouva une pile de détritus dans son jardin et les vitres de sa voiture brisées par une pierre.

Levy conclut qu’à Slippery Rock, «nous n’avons pas un environnement favorable à la liberté de l’enseignement». D’une manière plus générale, il indique que les quatorze campus constituant l’institution des hautes études de l’État de Pennsylvanie «subissent une érosion constante de la qualité et de la liberté de l’enseignement». Il ajouta, s’adressant à moi, qu’«un excellent travail est également fourni à Slippery Rock, mais cela non pas grâce mais en dépit du climat qui y règne, soit une culture d’entreprise malsaine dominée par le personnel administratif et les bureaucrates du syndicat de la faculté».

Les législateurs réagirent aux révélations de Levy avec consternation. Un démocrate exprima ses inquiétudes face à cette «dégradation de la qualité de l’enseignement». Un autre déclara que si ce que Levy décrivait était exact, «il vaudrait mieux fermer cette université».

Le site Web officiel de Slippery Rock proclame que «l’institution est moins fière de toutes les distinctions et marques de reconnaissance particulières qu’elle a put recevoir que de sa réputation d’université chaleureuse et amicale», mais Levy n’y a certes pas joui d’un accueil «chaleureux et amical» au retour de son témoignage. Le président et ses collègues lui jetèrent des regards glacés et l’exclurent socialement. Le journal des étudiants qualifia ses déclarations de «fulminations» et lui reprocha de laver «le linge sale» de son employeur en public.

Les administrateurs du campus émirent ensuite les dénégations prévisibles. Le président de Slippery Rock, Robert Smith, répondit: «Nous n’avons pas trouvé d’éléments de preuve suggérant que la liberté d’enseignement soit menacée sur ce campus, ni pour les étudiants, ni pour la faculté». La directrice des études de féminisme Jace Condravy réfuta les éléments présentés par Levy en ces termes: «Je veux voir des preuves avant de croire les accusations ou les prétentions de qui que ce soit.»

Il est probable que les choses ne changeront pas de sitôt à Slippery Rock car, comme l’explique Stephen Balch, de l’Association nationale des universitaires, «nos universités sont devenus moins des lieux d’échanges d’idées que des églises dans lesquelles il faut être un bon croyant pour obtenir sa place sur un banc». Gare à quiconque s’oppose à l’orthodoxie dominante, que ce soit à Slippery Rock ou à Harvard. Les dissidents, s’ils ne sont pas excommuniés, sont en tout cas victimes d’ostracisme.

Et malgré leur quasi prise de contrôle par la gauche illibérale, les universités américaines restent plus robustes que celles d’autres pays occidentaux, ce qui amoindrit encore la motivation à faire évoluer la situation.

L'antisémitisme arabe

Par Menahem Milson, professeur émérite de l'université de Jérusalem et conseiller au MEMRI. MEMRI- Dossier spécial n° 26

La résurgence de l'antisémitisme ces dernières années, en France comme ailleurs en Europe, a permis de comprendre que l'antisémitisme, que l'on croyait en déclin depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, menace une fois de plus les Juifs. Cet antisémitisme récent comporte, toutefois, deux spécificités : (a) les positions anti-juives sont présentées comme une juste réaction à la conduite d'Israël dans le conflit qui l'oppose aux Palestiniens ; (b) ce sont les médias arabes qui génèrent la majeure partie de la propagande anti-juive. Voilà qui pose le problème de la particularité de l'antisémitisme arabe, qui se distingue des attitudes musulmanes à l'égard des Juifs et du judaïsme antérieures à l'ère moderne. Ces deux caractéristiques, qui interagissent l'une sur l'autre de diverses façons, sont toutefois nées dans des contextes historiques totalement différents et doivent donc être considérées séparément.

Il est en effet malheureux que le statut des Juifs – considérés comme une minorité tolérée dans le monde musulman avant l'avènement du sionisme – soit devenu, pour les Juifs comme pour les Arabes, un argument essentiel de ralliement de l'opinion publique à leurs positions respectives. Le profane se sent souvent perdu face aux arguments des uns et des autres. D'un côté, il entend dire que les Juifs (et les chrétiens) bénéficient du statut de minorité protégée sous l'islam et que les Juifs de l'Espagne musulmane ont connu un Age d'or de paix et de prospérité. De l'autre, il entend dire que les Juifs et les chrétiens ne sont pas égaux aux musulmans face à la loi et n'ont jamais été plus que des citoyens de seconde classe. Ces versions contradictoires ont été replacées dans leur contexte par la plume équilibrée de Bernard Lewis : «Même à son sommet, l'islam médiéval était assez différent de l'image qu'en donne Disraeli et d'autres écrivains romantiques. L'Age d'or de l'égalité des droits est un mythe, et la croyance en l'existence d'un tel Age d'or est le résultat, plutôt que la cause, de la sympathie des Juifs pour l'islam. Ce mythe a été créé par les Juifs d'Europe au 19ème siècle comme un reproche fait aux chrétiens – puis repris à notre époque par les musulmans comme un reproche aux Juifs.»

Comme la plupart des mythes puissants, cette histoire contient un élément de vérité historique. Si la tolérance signifie l'absence de persécution, alors on peut en effet dire que la société islamique classique était tolérante à l'égard de ses sujets juifs et chrétiens – plus tolérante peut-être en Espagne qu'à l'Est, et dans ces deux régions, incomparablement plus tolérante que le christianisme médiéval. Mais si la tolérance signifie l'absence de discrimination, l'islam n'a jamais été, ni prétendu être tolérant, insistant au contraire sur la supériorité du véritable croyant dans ce monde et dans le monde à venir. (1)

L'analyse suivante se limite au sujet de l'antisémitisme arabe comme phénomène médiatique contemporain ; nous évitons délibérément d'aborder le sujet de l'attitude des musulmans à l'égard des Juifs et du judaïsme avant l'ère moderne. Cela ne signifie toutefois pas que je sous-estime les effets d'une tradition vieille de plusieurs centaines d'années : comme on peut s'y attendre, les stéréotypes du Juif hérités de l'islam médiéval alimentent la réaction arabe au sionisme et à Israël.

Pour illustrer ce point, voici le témoignage d'un témoin des plus fiables : le grand historien du 14ème siècle Ibn Khaldun. Dans l'un des chapitres les moins bien connus de sa célèbre Muqaddima («Introduction à l'étude de l'histoire»), portant sur les principes de l'éducation, Ibn Khaldun met en garde ses lecteurs contre une discipline trop sévère et le recours au châtiment corporel des enfants, susceptibles, selon lui, de provoquer des dégâts moraux : «Une éducation sévère brise l'esprit des jeunes ; elle supprime la vertu et engendre des traits de caractères négatifs tels que la propension au mensonge et la fourberie (khubth).» «L'effet nuisible des restrictions sévères et de l'oppression, soutient Ibn Khaldun, est visible non seulement sur les individus, mais aussi sur les groupes.» Cela, affirme-t-il, apparaît clairement chez les Juifs, qui sont «connus partout pour leur bassesse et leur fourberie». (2)

Ce dernier commentaire nous en apprend beaucoup sur l'image des Juifs dans l'islam médiéval, d'autant plus qu'il est rapporté par Ibn Khaldun pour illustrer un sujet extérieur à la question juive: dans ce chapitre, Ibn Khaldun ne cherche pas à informer ses lecteurs sur les Juifs ; il se contente de rapporter ce qui est considéré comme un fait bien connu. C'est précisément parce qu'Ibn Khaldun ne doute aucunement du fait qu'en tout lieu, les Juifs soient considérés comme vils et fourbes, qu'il peut aisément se servir de leur image pour illustrer son propos.

Cela me rappelle une anecdote personnelle : en juin 1979, je me trouvais au Caire, à l'occasion d'une visite toute particulière, puisque j'avais été invité par le président Sadate [ndlr : le professeur et colonel Milson fut l'aide de camp de Sadate lors de sa visite en Israël]. J'étais descendu à l'hôtel Shepheard; or personne à l'hôtel ne savait que j'étais israélien, hormis bien sûr le directeur de l'hôtel et les standardistes, pour des raisons évidentes.

Au petit déjeuner, une hôtesse me demanda d'où je venais ; je lui répondis «d'Israël». Mais elle ne voulut pas me croire, affirmant : «Non, vous vous payez ma tête, vous êtes jordanien.» Elle imagina aussi que je pouvais être libanais ou libyen, mais ne parvenait pas à croire que je puisse être israélien. Elle expliqua : «Je connais les Israéliens ; nous avons reçu un grand nombre d'Israéliens. Je sais reconnaître les Israéliens.» Cela m'intrigua. Je lui demandai : «Et à quoi les reconnaissez-vous?» "Eh bien, dit-elle, ils ont un regard fourbe typique.» Cette remarque me frappa: cette hôtesse, décrivant les Israéliens, employait précisément le terme «fourbe», adjectif qui avait été employé six siècles plus tôt par Ibn Khaldun pour qualifier les Juifs.

Je voudrais souligner que mon intention n'est pas ici de faire d'Ibn Khaldun un anti-Juif. Il ne l'était certainement pas : quand il évoque les Juifs dans sa Muqaddima (ou dans ses autres ouvrages), comme il le fait de temps à autres pour dresser des comparaisons historiques, il en parle de façon parfaitement objective, sans manifester le moindre antagonisme. S'agissant de l'exemple cité plus haut, on y discerne d'ailleurs une touche de compassion pour les Juifs «opprimés». Je n'ai pas non plus l'intention d'accuser d'antisémitisme l'amicale hôtesse égyptienne. Le seul but de ces exemples est de montrer que les stéréotypes ont la vie dure.

L'antisémitisme contemporain dans les médias arabes

On entend souvent dire que, dans les pays où les médias sont contrôlés par l'État, le public tend à développer une saine résistance vis-à-vis de la ligne du parti et à cultiver ses sympathies et ses antipathies indépendamment des médias. Doit-on en conclure que dans les pays arabes, le public, habitué à se méfier des médias officiels, ne tiendrait pas compte des propos antisémites servis par les médias, les reléguant au rang de «propagande officielle (et donc mensongère)»? Il n'en est rien. L'attitude de l'hôtesse égyptienne de l'hôtel Shepheard au Caire révèle la résistance, par-delà les frontières, de préjugés vieux de centaines d'années, lesquels facilitent l'adoption des images négatives des Juifs et des Israéliens diffusées par les médias.

L'antisémitisme arabe en tant que phénomène idéologique et politique moderne, relayé par les médias, correspond à l'émergence du sionisme et à la naissance de l'État souverain d'Israël. La date de parution des publications antisémites en arabe le montre bien : le premier roman arabe aux thèmes clairement antisémites date de 1921 ; en 1925 a paru la première traduction en arabe du Protocole des Sages de Sion. A partir de 1947, on assiste à une augmentation indéniable du nombre de publications antisémites en arabe. Mais ce serait une erreur de limiter l'antisémitisme arabe à une conséquence du conflit israélo-arabe.

Pourquoi ce refus de reconnaître l'existence d'un antisémitisme proprement arabe ?

Au vu de la quantité de références antisémites contenues dans les publications arabes de toutes sortes du siècle dernier, on ne peut que constater, avec une certaine perplexité, que les universitaires juifs et israéliens les ont tout bonnement ignorées.

Il existe toutefois quelques exceptions (en Israël et ailleurs) : La position arabe dans le conflit israélo-arabe (paru en hébreu en 1968), de Yeoshafat Harkabi, demeure, jusqu'à ce jour, un ouvrage de référence sur le sujet. (3) Harkabi n'a pas hésité à qualifier le phénomène d'antisémitisme. A suivi, en 1971, un article de Bernard Lewis intitulé «Sémites et antisémites» suivi de travaux supplémentaires du même auteur. Rivka Yadlin, Norman Stillman, Bat Yeor et Ron Nettler ont aussi abordé le sujet. Mais ils sont restés des exceptions: l'écrasante majorité des spécialistes du Moyen-Orient, en Israël et ailleurs, ont évité le sujet.

J'ai tenté de donner une explication à ce surprenant phénomène: des facteurs psychologiques se mêlent ici aux facteurs politiques et idéologiques. Nous devons garder en mémoire le fait que toute l'entreprise sioniste avait pour but de résoudre le problème de l'antisémitisme. Ainsi, la découverte que la haine à laquelle nous croyions avoir échappé en quittant l'Europe était endémique au Moyen-Orient est un fait que beaucoup ont préféré ignorer ou nier.

Il existe peut-être une autre motivation, plus politique, derrière le refus d'admettre l'existence d'un antisémitisme arabe: la crainte que la révélation de ce sentiment antisémite chez les Arabes ne renforce l'intransigeance politique en Israël et fasse le jeu des groupes politiques opposés à tout compromis territorial. Il faut reconnaître que cette crainte n'est pas sans fondement.

Toutefois, ceux qui, comme moi, sont favorables à une politique israélienne allant dans le sens de deux Etats, doivent bien admettre que fermer les yeux sur l'antisémitisme arabe n'est pas seulement une faute intellectuelle; c'est aussi contre-productif sur le plan politique. Nous ne pouvons pas nous permettre d'ignorer l'antisémitisme arabe ; nous nous devons même de l'examiner de près. Il est désolant de constater que l'antisémitisme arabe est devenu, depuis la fin des années 1930, la plus dangereuse forme de haine des Juifs, où que ces derniers se trouvent. Cela est notamment dû à la coopération qui existe entre Arabes antisémites et leurs homologues occidentaux.

Qu'est-ce que l'antisémitisme arabe ?

La définition la plus évidente serait : un sentiment arabe anti-juif, s'exprimant en arabe à l'attention du public arabe. Force est de constater que les antisémites arabes s'adressent toutefois fréquemment aux publics étrangers pour gagner leur soutien.

Quelles sont les caractéristiques de l'antisémitisme arabe ?

Les conclusions suivantes ont été formées sur la base d'une veille médiatique de grande envergure réalisée par le MEMRI, portant sur la presse, des publications arabes, des émissions télévisées, des sermons du vendredi, des ouvrages et des sites Internet.

La propagande arabe anti-juive semble comprendre trois composantes majeures :

a – des opinions anti-juives dérivées de sources islamiques traditionnelles

b – des stéréotypes antisémites, des images et des accusations d'origine européenne et chrétienne

c – Une attitude négationniste, et l'équation de sionisme avec nazisme (également d'origine occidentale, mais son rôle de pivot requiert une attention particulière).

La composante islamique

Des singes et des porcs
Une insulte extrêmement courante adressée aux Juifs, non seulement dans les sermons du vendredi, mais aussi dans les articles politiques, consiste à les qualifier de singes et de porcs, ou de descendants de ces animaux. Cette référence injurieuse se base sur un nombre de versets coraniques selon lesquels certains Juifs auraient été transformés en singes et en porcs par Dieu, pour les punir d'avoir enfreint le shabbat. (4)

Cette injure ne devrait pas être écartée comme une vulgaire insulte, et la croyance selon laquelle les Juifs ont été métamorphosés en singes, en porcs et en d'autres créatures ne devrait pas plus être considérée comme une simple croyance primitive propre à la pensée magique. Le fait de faire allusion de façon récurrente aux Juifs comme à des bêtes méprisables les déshumanise et justifie leur élimination. Voici quelques exemples de l'utilisation de cette injure dans différents contextes.

– Le cheikh saoudien Abd El-Rahman Al-Sudayyis, imam et prédicateur à la mosquée Al-Haram, c'est-à-dire à la mosquée de la Kaaba à la Mecque, Premier lieu saint du monde musulman, a déclaré dans un sermon : «Lisez l'histoire et vous comprendrez que les Juifs d'hier sont les ancêtres malfaisants des Juifs d'aujourd'hui, une descendance malfaisante composée d'infidèles qui déforment les paroles (de Dieu), d'adorateurs du veau, d'assassins des prophètes, de négateurs des prophéties… Le rebut de l'espèce humaine, qu'Allah a maudit et ‹dont il a fait des singes et des porcs…› Ainsi sont les Juifs, un continuum d'escroqueries, d'entêtement, de permissivité, de mal et de corruption…» (5)

– Cette image a pénétré la conscience collective, y compris celle des enfants. En mai 2002, Iqraa, la chaîne satellite saoudienne qui, selon son site Internet, s'efforce d'«éclairer les aspects de la culture islamique qui suscitent l'admiration… afin de mettre en avant la véritable image de l'islam – fait de tolérance, et de réfuter les accusations dirigées contre l'islam», a interviewé une «vraie petite musulmane» âgée de trois ans et demi au sujet des Juifs, dans l'émission Magazine féminin musulman. L'animatrice a demandé à la fillette si elle aimait les Juifs. Celle-ci a répondu : «Non.» A la question «pourquoi?», la fillette répond que les Juifs sont des «singes et des porcs». «Qui a dit cela?», demande la présentatrice. «Notre Dieu», répond la fillette. «Où l'a-t-il dit?» reprend la présentatrice. «Dans le Coran.» A la fin de l'entretien, la présentatrice conclut avec satisfaction : «Des parents ne pourraient pas souhaiter qu'Allah leur accorde une petite fille plus croyante (…) Qu'Allah la bénisse, ainsi que son père et sa mère.» (6)

– Salim Azzouz, chroniqueur pour le quotidien égyptien d'opposition Al-Azzouz, affilié au parti libéral religieux, a ainsi commenté le retrait israélien du Liban en mai 2000 : «Ils se sont enfuis avec seulement la peau sur le dos, comme des porcs. Et pourquoi dire ‹comme›, quand ce sont effectivement des porcs et des singes?»

La promesse des pierres et des arbres – Wa'd al-hajar wa-'l-shajar
Un autre thème traditionnel anti-juif très populaire est celui de «la promesse de la pierre et de l'arbre». Une tradition prophétique (hadith) souvent citée affirme que peu avant le Jour du Jugement, les musulmans se battront contre les Juifs et les tueront. Les Juifs se réfugieront derrière des pierres et des arbres, mais ces derniers s'exclameront : «Ô musulman, ô serviteur d'Allah, un Juif se cache derrière moi. Viens le tuer!» Tout récemment, un prédicateur de la plus grande mosquée de Bagdad a cité un hadith à la télévision en brandissant son épée. Son cri «Nous leur couperons la tête!» a mis en transe le public, composé de centaines de personnes.

Éléments occidentaux

L'antisémitisme arabe a adopté tous les mythes antisémites européens, y compris ceux que les antisémites occidentaux ont écartés comme étant trop primitifs. Les exemples le plus évidents sont : l'accusation de crime rituel, le Protocole des Sages de Sion, et l'accusation – assez étrange de la part de musulmans – selon laquelle les Juifs auraient tué Jésus.

L'accusation de crime rituel
Cette accusation est encore très courante aujourd'hui dans le monde arabe et musulman, jusque dans les journaux gouvernementaux à grand tirage. Certains écrivains rabâchent et recyclent ces accusations bien connues, leur donnant un tour nouveau, comme à celle concernant la festivité juive de Pourim, qui prétend que les Juifs incorporent du sang humain à leurs gâteaux traditionnels. Ces accusations de crimes rituels contenues dans les médias arabes se rencontrent essentiellement dans le contexte de la critique des actions d'Israël contre les Palestiniens. L'une d'elle a incité la Cour suprême de Paris à assigner à comparaître Ibrahim Nafie, directeur du quotidien égyptien Al-Ahram. Nafie a été accusé d'incitation à l'antisémitisme et de violence raciste pour avoir autorisé la publication d'un article intitulé «La matza juive est faite de sang arabe», paru dans le numéro d'Al-Ahram du 28 octobre 2000. L'article a créé un lien entre l'accusation de crime rituel de Damas en 1840 et les opérations israéliennes dans les territoires occupés. (7) Il est intéressant de constater que les accusations contre Nafie, qui est président de l'union des journalistes arabes, ont suscité une tempête de protestations à travers le monde arabe. Elles ont été qualifiées dans les médias arabes de «terrorisme intellectuel», de «coup porté à la liberté d'expression», d' «attaque sioniste contre la presse égyptienne», d'«extorsion du lobby sioniste de France» et même d'«insulte à l'ensemble de la presse arabe», Ibrahim Nafie étant considéré comme son principal représentant.

Le Protocole des Sages de Sion
Depuis 1927, année de la traduction du Protocole des Sages de Sion en arabe, l'ouvrage a fréquemment servi de référence au discours anti-juif dans le monde arabe, pour appuyer l'hypothèse d'un «complot juif pour contrôler le monde». Dans le monde arabe, nombreux sont les façonneurs d'opinion qui citent ce faux pour montrer comment le prétendu projet juif visant à contrôler le monde, transcrit dans le Protocole, est mis à exécution. Les Juifs sont accusés de recourir à des méthodes sournoises pour atteindre leur but : contrôler l'économie et les médias, corrompre les mœurs et encourager le conflit national et international.

Fin 2002, l'usage du Protocole des Sages de Sion dans les médias arabes a suscité la controverse aux quatre coins du monde, avec la diffusion de la série télévisée égyptienne Cavalier sans monture pendant le Ramadan (novembre-décembre). (8) Au mois de Ramadan 2003, également à une heure de grande écoute, un autre feuilleton a été diffusé, dans le but de salir la réputation des Juifs en «révélant» leurs machinations. La série, produite par la Syrie et intitulée Al-Shatat (Diaspora), prétendait présenter la vie juive en Diaspora et l'émergence du sionisme ; elle était diffusée par la télévision du Hezbollah Al-Manar. Ce feuilleton comportait quelques scènes proprement horribles, telles que celle du meurtre rituel d'un Juif marié à une non-Juive. Le feuilleton montre en outre comment Amschel Rothschild, prétendu fondateur d'un gouvernement juif secret, aurait ordonné à ses fils, sur son lit de mort, d'entamer des guerres et de corrompre le monde pour servir les intérêts financiers et les objectifs politiques des Juifs.

Il est intéressant de noter que les producteurs d'Al-Shatat, conscients du tollé général provoqué par la diffusion de Cavalier sans monture, ont pris la peine de diffuser un démenti au début de chaque épisode, affirmant que la série ne se basait pas sur le fameux Protocole des Sages de Sion mais sur des faits et des recherches historiques, y compris des écrits de Juifs et d'Israéliens.

Quand le Protocole est mentionné dans les médias arabes, il n'est jamais remis en question. De nombreux écrivains arabes sont bien sûr conscients du fait que le Protocole est un faux. Néanmoins, cela ne les empêche généralement pas se servir du Protocole parce que, disent-ils, «peu importe qu'ils rapportent des faits ou relève de la fiction : leurs ‹prédictions› se sont en grande partie réalisées.»

Voici, à titre d'exemple, un extrait d'article du journaliste libanais Ghassan Tueni : «Si nous ne savions pas que le Protocole des Sages de Sion avait été fabriqué par les services de renseignement russes au 19ème siècle (…), nous dirions que les événements actuels correspondent très exactement au projet juif mondial, vu la grande similitude qui existe entre [les événements actuels] et ce qui est attribué, à tort, [aux Juifs]. [Je fais allusion] au complot visant à contrôler le monde et à en piller les richesses, aux actions [des Juifs] partout dans le monde et au statut financier, politique et militaire [des Juifs à travers le monde]. Cela s'ajoute à leurs efforts pour détruire tout ce que les autres considèrent comme sacré.»(9)

Comme mentionné plus haut, il existe quelques notables exceptions, dont des personnalités renommées, qui ont ouvertement dénoncé Le Protocole comme étant un faux. On compte parmi elles le philosophe syrien Dr Sadeq Jalal al-Azm, le conseiller du président Moubarak Oussama El-Baz et le Dr Abdel Wahhab Al-Massiri, une référence en Egypte en matière d'histoire juive et l'auteur d'une encyclopédie du judaïsme en langue arabe.

Les Juifs ont tué Jésus
L'ancienne accusation chrétienne selon laquelle les Juifs auraient tué Jésus s'est banalisée dans le discours arabe antisémite. Un exemple : le conseiller d'Arafat, Bassam Abou Sharif, fait allusion, dans le quotidien saoudien Al-Sharq Al-Awsat, basé à Londres, à la statue de la Vierge Marie endommagée par les tirs israéliens au cours du siège de l'Eglise de la Nativité à Bethlehem, dans les termes suivants : «Le triste sourire de la Vierge Marie qui sert de bouclier à son fils le Messie n'a pas empêché les soldats de l'occupation israélienne de pointer leurs armes sur l'ange palestinien [Jésus] et d'assassiner le sourire [de la Vierge] (…) afin d'éliminer ce qu'ils n'ont pas réussi à tuer en 2000 ans. A Bethlehem, un nouveau crime a été commis. Ce fut, bien sûr, une tentative ratée pour éradiquer la paix, l'amour et la tolérance, à l'instar de leurs ancêtres qui ont essayé d’assassiner le message prophétique en enfonçant des clous et des pieux en fer dans le corps du Messie et la Croix de bois.» (10)

Il est particulièrement ironique de constater que la propagande arabe anti-juive qualifie les Juifs de meurtriers du Christ, car selon le Coran, Jésus n'a pas été crucifié et n'est pas mort sur la croix. Cette croyance chrétienne est considérée par l'islam comme blasphématoire. (11)

Négationnisme et équation entre sionisme et nazisme

Les écrits antisionistes arabes actuels tendent généralement à faire l'équation entre sionisme et nazisme. Ils insistent sur une prétendue similitude entre les idéologies des deux mouvements, notamment sur une composante raciste commune : tout comme les nazis croyaient en la supériorité de la race aryenne, les sionistes croiraient en l'existence d'un «peuple élu», le peuple juif. En outre, ces deux idéologies sont prêtes à une expansion militaire au moyen des armes, affirment-ils.

Un autre argument est que les sionistes auraient collaboré avec les nazis à l'annihilation du peuple juif : puisque les sionistes considéraient la Palestine comme la seule destination appropriée à l'immigration du peuple juif, ils ne se sont pas donné la peine d'investir dans une aide strictement humanitaire pour sauver des Juifs. De telles déclarations ont servi de thème à la thèse de doctorat (1982) du haut responsable de l'Autorité palestinienne et secrétaire général du comité exécutif de l'OLP, M. Mahmoud Abbas, connu aussi sous le nom d'Abou Mazen, à l'Institut des études orientales de Moscou. La version arabe de la thèse a été publiée en 1984. (12)

L'équation entre sionisme et nazisme s'applique aussi à la situation actuelle au Moyen-Orient. Les actions d'Israël et des sionistes contre les Palestiniens sont comparées aux crimes nazis contre les Juifs ; on peut parfois lire qu'elles sont pires encore.

Les implications politiques de ces déclarations sont claires : s'il n'y a pas eu d'Holocauste, les Allemands ne devraient pas se sentir coupables à l'égard des Juifs. Mais s'il n'y a pas eu d'Holocauste, les Allemands, et le reste du monde occidental, sont coupables de ce qu'ils ont fait subir aux Palestiniens au nom des Juifs. Et si les Juifs font aux Palestiniens ce que les nazis ont fait aux Juifs, les Allemands n'ont pas à avoir honte. Tel est le lien qui relie l'antisémitisme du Moyen-Orient à l'antisémitisme occidental, créant un axe stratégique de l'antisémitisme.

La diabolisation du Juif

La conséquence «logique» de ce qui a été dit plus haut est la diabolisation des Juifs, individuellement et collectivement. Malgré les informations accumulées sur l'identité des auteurs des attentats du 11 septembre 2001, fonctionnaires, journalistes et dirigeants religieux dans l'ensemble du monde arabe et musulman ont continué d'affirmer que les auteurs des attentats n'étaient pas arabes ou musulmans. La croyance selon laquelle des éléments américains ou juifs/israéliens ont perpétré ces attaques est devenue un mythe communément accepté dans le monde arabe. Selon certaines versions de ce fantasme grotesque, ce serait même le président George W. Bush et le Secrétaire d'État Colin Powell qui auraient commandité les attentats. (13)

Que faire ?

La question que l'on se pose finalement est : que faut-il faire ? La première étape consiste à comprendre le danger représenté par l'antisémitisme arabe. Il a infiltré les esprits de part et d'autre du monde arabe et créé une atmosphère dans laquelle les Juifs, individuellement ou collectivement, ne sont pas considérés comme tout à fait humains. Cela représente en soi un obstacle à la paix : les accords de paix avec Israël signés par l'Égypte et la Jordanie n'ont toujours pas conduit à la normalisation des relations avec Israël.

C'est pourquoi lutter contre l'antisémitisme arabe n'est pas seulement lutter contre le mensonge et les préjugés ; c'est essentiellement lutter pour l'amélioration des relations entre Juifs et Arabes.

En pratique, il faudrait opérer une veille médiatique des manifestations de l'antisémitisme arabe et permettre aux médias occidentaux, ainsi qu'aux façonneurs d'opinion, d'en connaître le résultat. Les publications antisémites devraient être traduites dans les langues européennes, dans l'espoir que la révélation publique de ces propos suscite des protestations au niveau international, des pressions diplomatiques à l'égard des institutions et des gouvernements arabes coupables d'antisémitisme.

Certains ne manqueront pas d'opposer qu'une telle veille médiatique attirera l'attention sur l'opinion d'une minorité de fanatiques religieux qui seraient autrement passés inaperçus. Cette opinion ignore le fait qu'une grande partie de cette littérature de la haine est publiée dans les principaux journaux et magazines des pays concernés – subventionnés pour beaucoup par les gouvernements – et sur des chaînes télévisées très populaires. Feindre d'ignorer l'antisémitisme arabe ne fera qu'encourager les éléments extrémistes du monde arabe à se développer sans surveillance et à accroître leur influence politique néfaste.

De récentes expériences ont montré que les gouvernements et intellectuels arabes ne sont pas indifférents aux protestations et aux pressions extérieures. Les articles d'Oussama Al-Baz, de décembre dernier, où il dénonce l'antisémitisme, ont été accueillis comme un important pas en avant. Tout aussi importante est la nouvelle (rapportée par le quotidien saoudien Al-Watan du 14 mars 2003) selon laquelle l'Institut d'études islamiques de l'université a recommandé aux prédicateurs musulmans de ne pas comparer les Juifs à des singes et des porcs. Aucune de ces mesures n'aurait sans doute été prise sans les récentes protestations et critiques émises par le Congrès américain et les médias occidentaux. (14)

Pour toutes ces raisons, je pense qu'il convient de persévérer dans la tâche fastidieuse qui consiste à surveiller et exposer le terrible produit de l'antisémitisme arabe.


* «Qu'est-ce que l'antisémitisme arabe?», paru dans Antisémitisme international, revue annuelle du centre international Vidal Sassoon [Jérusalem, 2003], pp. 23-29 – sur la base d'une conférence donnée a l'Université hébraïque de Jérusalem le 20 février 2003.


* * *
Notes

(1) Bernard Lewis, Islam in History: Ideas, Men and Events in the Middle East (Londres : Alcove press, 1973), pp. 134-135.

(2) Ibn Khaldun, Al-Muqaddima (Beyrouth : Dar ihya' al-turath, date non indiquée), p. 540 ; traduction anglaise de Franz Rosenthal (New York : Pantheon Books, 1958), vol. 3, pp. 305-6. C'est le professeur Pessah Shinar qui m'a suggéré, voilà quelques années, de consulter ce chapitre de la Muqaddima d'Ibn Khaldun.

(3) Y. Harkabi, Emdat Ha'aravim besikhsukh Yisarel 'arav ("La position des Arabes dans le conflit israélo-arabe", Tel-Aviv : Devir, 1968) ; une version anglaise a été publiée sous le titre Arab attitudes to Israel (Jérusalem : Keter, 1972).

(4) Le Coran, 2:65, 5:60, 7:166. Deux de ces textes (2:65 et 7:166) précisent que la violation du shabbat était la cause de cette métamorphose. Dans l'un des cas (5:60), cette transformation est mentionnée comme un châtiment administré à ahl al-kitab ("le peuple du livre", expression qui fait à la fois allusion aux Juifs et aux chrétiens) qui a refusé d'accepter la vraie foi.

(5) Voir le dossier spécial n° 11 de MEMRI (1er novembre 2002), d'Aluma Solnick.

(6) Iqraa, le 7 mai 2002.

(7) Une affaire connue où la mort d'un moine capucin italien, Thomas, et de son serviteur musulman, a été attribuée aux Juifs, accusés de crime rituel.

(8) Le 6 novembre 2002 (première nuit du Ramadan), certaines chaînes de télévision arabes (dont la télévision d'Etat égyptienne) ont diffusé la première partie d'un feuilleton en 41 parties intitulé Cavalier sans monture, basé sur le Protocole des Sages de Sion. Il convient de noter que les nuits du Ramadan sont des heures de très grande écoute dans les pays arabes et musulmans. La diffusion du feuilleton a suscité des protestations en Occident, dont un appel du Département d'Etat américain au gouvernement égyptien à faire cesser la diffusion de la série – une demande qui a été d'emblée rejetée par le ministre égyptien de l'Information, Safwat Al-Sharif. La diffusion du feuilleton a suscité un débat animé dans la presse arabe et égyptienne. La plupart des écrivains ont soutenu la diffusion de la série, mais certains ont toutefois dénoncé l'obsession des écrits antisémites en Egypte. Le feuilleton a été visionné et approuvé pour diffusion par un comité nommé par la Censure égyptienne. L'Association de la radio et de la télévision égyptiennes a qualifié le feuilleton de "jalon dans l'histoire de l'art dramatique arabe." Le ministre égyptien de l'Information a affirmé que "les positions théâtrales exprimées dans le feuilleton ne contiennent aucun élément antisémite." Voir les Enquêtes et analyses n°109, 113 et 114 de MEMRI. Une cassette vidéo d'extraits sous-titrés en anglais est disponible au MEMRI.

(9) Al-Ayyam (Autorité palestinienne), le 28 mars 2000. L'article est tiré du quotidien libanais Al-Manar.

(10) Al-Sharq Al-Awsat, le 20 mars 2002

(11) Le Coran 4:156-157

(12) Voir le Dossier spécial n° 15 de MEMRI en anglais sur http://memri.org/bin/articles.cgi?Page=archives&Area=sr&ID=SR01503 , "Abou Mazen, profile politique", chapitre V (Sionisme et négationnisme) par Yael Yehoshua ; introduction en français sur http://memri.org/bin/french/articles.cgi?Page=archives&Area=sr&ID=SR01503

(13) Nouveau mythe antisémite dans les médias du Moyen-Orient : les attentats du 11 septembre ont été perpétrés par les Juifs (MEMRI, 2002), en anglais sur http://memri.org/bin/articles.cgi?Page=archives&Area=sr&ID=SR00802

(14) Yigal Carmon, "Evolution dans le discours antisémite du monde arabe" (Enquête et analyse n° 135 de MEMRI) sur http://memri.org/bin/french/articles.cgi?Page=archives&Area=ia&ID=IA13503

April 09, 2006

Europe illibérale et Islam intolérable

Splendide réflexion de Gerard Alexander, de l’American Enterprise Institute for Public Policy Research, sur les restrictions croissantes à la liberté d’expression en Europe. Visite guidée.

La liberté d’expression n’est pas absolue, ne doit pas l’être. Elle est limitée, comme le dicte le bon sens, par le danger évident et imminent que certaines expressions font peser sur la communauté:

The most pervasive and durable restrictions meet that test, applying to things like child pornography, false statements that result in demonstrable harm (defamation), the exposure of national security information, commercial fraud, and the proverbial shouting of “Fire!” in a crowded theater.

Mais l’Europe est un cas particulier. Son passé nazi a justifié des lois restreignant toutes sortes d’expressions qui ne génèrent aucune menace immédiate mais peuvent raviver des idéologies dont l’histoire a démontré l’extrême danger. D’où la condamnation à trois ans de prison, par exemple, le 20 février dernier, en Autriche, d’un négationniste notoire:

Journalist Michael Barone probably spoke for more than a few when he said that he “shuddered” at the news of [David] Irving’s imprisonment, “yet I can understand why Austria, like Germany, has laws that criminalize Holocaust denial and glorification of Nazism. History has its claims – heavy ones, in the cases of Germany and Austria.” In other words, criminalizing speech might not be the American way of doing business, but it’s understandably Austria and Germany's way of dealing with their unique Nazi past.

Jusqu’ici, la situation est nette, raisonnable, quoiqu’insatisfaisante. Cependant, l’auteur discerne trois tendances, se dessinant depuis 1945, qui menacent de gravement éroder les usages démocratiques en Europe:

First, anti-Nazi laws are being adopted in places where neo-Nazism poses no serious threat. Second, speech laws have been dramatically expanded to sanction speech that “incites hatred” against groups based on their religion, race, ethnicity, or several other characteristics. Third, these incitement laws are being interpreted so loosely that they chill not just extremist views but mainstream ones too. The result is a serious distortion and impoverishment of political debate.

Ainsi, les lois créées pour interdire la négation du génocide des Juifs par les nazis en inspirèrent d’autres permettant, par exemple, de condamner l’historien Bernard Lewis qui, dans une interview, avait douté que les massacres de masse commis par la Turquie contre les Arméniens aient résulté d’un projet génocidaire concerté. Il suffit donc maintenant, en Europe, qu’un Parlement ait «décidé» de l’existence d’un certain génocide pour que les doutes exprimés à cet égard, même par l’un des plus prestigieux historiens de notre époque, soient condamnés au nom de l’exception nazie. Les lois qui devaient empêcher spécifiquement une nouvelle poussée de nazisme sont devenues lentement des entraves au débat politique.

De même, et je complète ici la pensée de l’auteur, alors que le nazisme ne fit aucune réapparition notable depuis la dernière guerre, les sanctions prévues à ce titre, incontestables dans leur sens historique et littéral, furent progressivement élargies à de nombreux discours d’extrême-droite, voire de droite tout court. Tout rapport pouvant être établi avec un quelconque aspect du nazisme, est de plus en plus aisément condamné à ce titre dans le discours public. Les néo-nazis ne quittèrent jamais la marginalité, mais le discours antinazis envahit les débats. Et les lois suivirent le mouvement en condamnant les incitations à la haine:

Especially since the 1970s, Western Europeans have been passing bans on speech that “incites hatred” based on race, religion, ethnicity, national origin, and other criteria. These were adopted or beefed up in the 1980s in the face of rising violence against minorities and rising far-right parties like the French National Front. Such laws are now in place in Germany, Austria, Belgium, Sweden, Norway, France, Britain, and elsewhere.

France’s 1972 Holocaust denial law was expanded by the 1990 Gayssot law, which extended sanctions to denial of other crimes against humanity and points of view deemed racist. France’s Conseil Supérieur de l’Audiovisuel monitors broadcasters for any statements that might incite racial hatred.

Earlier British legislation against incitement of racial hatred was expanded in 1986 and was extended again in February 2006, this time to criminalize intentionally “stirring up hatred against persons on religious grounds.”

This is spreading to the European Union level, where a stream of rules now prohibits the broadcast, including online, of any program or ad that incites “hatred based on sex, racial or ethnic origin, religion or belief, disability, age or sexual orientation” or – crucially – is “offensive to religious or political beliefs.”

Certes, les principales procédures juridiques menées à ce titre visèrent des gens dont le discours est aisément assimilable au racisme. Mais le corolaire en est que des déclarations en soi parfaitement justifiées peuvent maintenant être attaquées à ce titre:

Britain’s then-home secretary Jack Straw remarked in 1999 on criminal activity by people many of whom posed as gypsies or “travelers” – hardly a slur on all gypsies even without that qualifier. But a Travelers’ group filed a complaint of inciting racial hatred, prompting a formal investigation and extensive media coverage asking whether Straw was racist.

In 2002, the prominent French novelist Michel Houellebecq was charged with inciting racial hatred in a novel and interview in which he referred to Islam as “the stupidest religion.”

Veteran Italian journalist Oriana Fallaci was motivated by 9/11 to criticize Islam as violent and subversive of traditional European mores. As a result she faced a French attempt in 2002 to ban her book as racist, and she is scheduled to stand trial in Italy in June for statements “offensive to Islam.” One of her accusers, in turn, faces charges for calling the Catholic Church a “criminal organization.”

In May 2005, Le Monde, France’s premier center-left newspaper, was found guilty of defaming Jews in a 2002 editorial that criticized Israeli policies while referring to Israel as “a nation of refugees.” The appeals court found such juxtapositions made Israelis synonymous with Jews, so criticism of the former constituted incitement of hatred against the latter.

After it published a series of controversial cartoons of Muhammad, the Danish newspaper Jyllands-Posten was formally investigated to determine whether the cartoons constituted prohibited racist or blasphemous speech.

L’antiracisme est ainsi devenu une véritable industrie:

Dozens of antiracism groups and self-appointed representatives of religious and other communities, like France’s Movement Against Racism and for Friendship Between Peoples (MRAP) and the Muslim Union of Italy, readily file complaints and suits and sometimes are the direct beneficiaries when fines are imposed.

Their complaints provoke investigations by an alphabet soup of government agencies, like Belgium’s Center for Equal Opportunities and Opposition to Racism and Britain’s Commission for Racial Equality. These in turn feed into the court system.

Et tout cela alourdit considérablement le débat politique. En effet, même si la justice ne condamne guère que des délits sérieux, et si l’on peut trouver positif que les participants au débat public doivent davantage surveiller leur langage, il est tout de même devenu délicat, même pour des gens raisonnables et bien informés, voire profondément érudits, d’émettre un quelconque avis pouvant être conçu comme discriminant ou offensant. Ainsi, il est devenu potentiellement offensant ou préjudiciable de signaler que de graves problèmes de notre temps pourraient provenir de dysfonctionnements culturels bien précis, et auxquels il n’est possible d’apporter des solutions concrètes qu’à condition de commencer par les reconnaître comme tels.

Par ailleurs, on s’aperçoit que ces attaques légalistes typiquement européennes sont volontiers dirigées:

For all the trials on charges of Holocaust denial, it is not clear that anyone has been charged with denial or minimization of crimes committed by Communist regimes. And the laws banning incitement of hatred on grounds of race, religion, ethnicity, or national origin do not ban incitement based on political orientation or economic status. Moreover, these laws protect speech that incites hatred against Americans and some others. And while there have been some convictions of Islamist radicals for inciting hatred against Jews and others, Europeans have been shy to move against the incitement pervasive in Islamist circles.

In other words, Europe’s speech laws are written and applied in ways that leave activists on the political left free to whitewash crimes of leftist regimes, incite hatred against their domestic bogeymen of the well-to-do, and luridly stereotype their international bogeymen, often with history-distorting falsehoods such as fictitious claims of genocide said to be committed by the United States and Israel.

It may be no coincidence that Socialist and extreme-left parties have played central roles in the design of speech laws. The crafter of France’s 1990 Gayssot law, for example, was Jean-Claude Gayssot, a longtime Communist party officeholder. All this matters. It sends an important signal to the broader culture when Hitler is the symbol of evil while Stalin and Mao are given a pass, and when, in effect, Pat Buchanan’s ideas risk indictment while Michael Moore’s are protected.

Ainsi, les lois européennes évoluent vers une situation légale au sein de laquelle les seuls discours politiquement corrects sont ceux de la gauche et ceux attribuant les responsabilités des problèmes du monde à des phénomènes vagues et diffus – pauvreté, analphabétisme, mondialisation – ou à «la droite» – l’Amérique et Israël en tête. Les discours s’écartant de cette ligne sont immanquablement dénigrés, voire violemment condamnés. Or si cela a de quoi décourager beaucoup de gens parfaitement raisonnables de participer au débat, car ils craignent l’opprobre ou le déshonneur, cela n’empêche nullement d’y intervenir les extrémistes de tous bords, qui se moquent bien de la rectitude politique. Et le débat démocratique est la première et la principale victime de cette évolution.

L’auteur constate qu’un nombre croissant d’Européens, surtout à la suite de l’affaire des caricatures de Mahomet, veulent réagir à cette situation et se demandent s’ils ne devraient pas libéraliser totalement le discours politique. Mais:

If they try, they won’t have the backing of international law. The International Covenant on Civil and Political Rights – the code the U.N. Human Rights Committee is charged with enforcing – insists on the banning of “advocacy of national, racial or religious hatred.” They also won't command the support of the world’s best-known human rights organization. Amnesty International accepts speech laws as legitimate, so it generally excludes from its list of “prisoners of conscience” – that is, people “imprisoned solely for the peaceful expression of their beliefs” – anyone imprisoned for “advocacy of hatred.”
Et, en effet, dans cette optique, la seule solution valable est de se tourner vers l’Amérique et de conclure, comme Gerard Alexander, que
[R]eform-minded Europeans would have the example of U.S. practice, which tolerates even loathsome speech. They would also have the example of a rival human rights organization. Taking a principled stand in the face of a great deal of international practice, Human Rights Watch insists that governments should ban speech only when it “constitutes imminent incitement” to violence and other unlawful acts and urges reform of these laws, including repeal of Holocaust denial laws.

Europeans of all political stripes should want to seize this opportunity to reverse the most dangerously illiberal trend in the world's advanced democracies. That would cease to make Europe a role model for censorship and restore it as a model of core democratic rights instead, expanding and not contracting its moral authority in the world.

Mais, malgré la justesse de cette analyse, que je ne conteste pas, je continue d’affirmer que la Suisse devrait interdire l’Islam au motif que cette religion est une incitation à la haine. En effet, nous atteignons ici une ligne de démarcation décisive entre le discours politique, qui doit bénéficier de la plus grande liberté possible, et l’appel au génocide. Car c’est cela qu’est la religion islamique – un appel à tous ceux qui y croient et qui en étudient les textes à massacrer, assujettir et convertir les non-Musulmans. Et cela dépasse largement le cadre de ce qu’il doit être convenu d’appeler un débat politique.

Ceci d’autant plus que la haine diffusée par l’Islam est de nature soi-disant religieuse – elle fait appel aux plus puissantes forces de conviction présentes dans la conscience des gens. Les Musulmans, en lisant le coran, les commentaires des érudits les plus respectés, les traditions les mieux authentifiées, les lois consensuelles dans toutes les écoles de jurisprudence islamique, acquièrent la certitude que dieu veut les voir tuer les non-Musulmans, que c’est-là la meilleure action, littéralement, en toutes lettres, qu’ils peuvent faire aux yeux de leur dieu, celle qui leur donnera accès aux plus grandes récompenses, dans ce monde et au paradis. Et cela n’est pas un message marginal ou périphérique d’une œuvre sinon vouée à la réalisation d’une société parfaite, c’en est le cœur, l’essence, le leitmotiv et la vocation première.

Il est extrêmement difficile de briser de telles convictions une fois qu’elles sont installées – il faut pour cela beaucoup de lumière, d’efforts et de temps. Et les tentatives de camouflage de ces incitations, par des interprétations pacifistes modernes extrêmement bancales, ne sont certainement pas de taille – il y a là de quoi convaincre des profanes, et des amateurs de la rectitude politique typiquement européenne décrite plus haut, mais certainement pas des gens qui se penchent sérieusement sur l’Islam. En fait, au-delà des simples ignorants, les défenseurs de la notion d’un Islam pacifique et tolérant ne sont autres, en large majorité, que des islamistes trop lâches physiquement pour recourir au sabre.

Et si, en d’autres temps, où ce genre de divagations seraient très largement reconnues comme telles, elles ne justifieraient pas une interdiction, nous arrivons aujourd’hui à un niveau d’islamisme qui rend indispensable une explosion de la vérité à propos de ce fléau millénaire qu’est le cœur de l’Islam. Il y a vingt-cinq ans, lorsque j’ai pour la première fois étudié l’Islam, la chose me paraissait très puissante humainement, mais politiquement insignifiante, moribonde, agitée tout au plus de soubresauts. Je me trompais. Aujourd’hui, l’islamisme est la plus grave menace pesant sur le monde, ceci tant au niveau stratégique – avec la propagation d’armes nucléaires parmi des fanatiques illuminés tels que le président iranien actuel – qu’au niveau politique, social et moral – avec la montée en puissance de la notion de suprématisme musulman, une immigration largement sauvage et certainement très sous-estimée et des lois archaïques et infâmes que les Musulmans actuels, aveuglés par leur religion, veulent voir réintroduites.

Et si cette menace a pu progresser à tel point depuis lors, c’est en large part parce qu’elle était camouflée, cachée sous de lourds mensonges d’apparence religieuse auxquels tant de gens, notamment en Europe, préfèrent croire parce que le contraire est trop troublant et va trop à l’encontre du consensus politiquement correct qui s’installe toujours davantage dans les législations et les esprits peu épris d’indépendance du vieux continent. Pour briser ce rideau d’ignorance bien-pensante, il faut un débat approfondi. Et la Suisse, au cœur de l’Europe, avec ses traditions probablement mieux ancrées que partout ailleurs de discussions, de consultations, d’études sérieuses, de respect de la démocratie dans ce qu’elle a de plus abouti, se prête parfaitement à un tel débat. Il faut saisir cette chance.

April 05, 2006

Digne de confiance?

April 04, 2006

L’Islam est à l’épreuve des débats d’experts

Intéressant débat entre Jean-Paul Charnay, directeur de recherche au CNRS, et Malek Chebel, psychanalyste, sociologue et champion de l’Islam des lumières, sur la modernisation et la démocratisation de l’Islam. Surtout cette déclaration de Malek Chebel:

Si nous voulons voir émerger une autre conception des droits de l'homme et de la femme, il faut que la maturation des idées se produise à l'intérieur de l'islam. Voilà pourquoi une nouvelle interprétation des textes, par les musulmans eux-mêmes, me paraît indispensable afin d'affirmer qu'il est possible de ne plus être totalement esclave de la charia. Pour ce faire, nous devons organiser une conférence mondiale avec des savants musulmans d'envergure – c'est-à-dire écoutés et respectés par leur propre communauté – capables de réinterpréter en profondeur les textes controversés.

Voilà qui semble fort bien. Mais un tel projet n’a aucune chance d’aboutir, et Malek Chebel est trop fin pour l’ignorer. En effet, d’abord, quels savants musulmans se présenteraient à une réunion visant à réformer la religion dont ils vivent au point de se mettre en situation d’apostasie? Pour mettre sur pied une telle réunion, il faudrait que la volonté en soit préalablement présente parmi eux, de manière presque unanime. Or nous savons qu’un grand nombre de ces savants, et des plus prestigieux, pensons simplement à Qaradawi, et aux diverses mouvances islamistes, ne tiennent nullement à réformer, autrement, peut-être, que de manière purement cosmétique, ce qu’ils présentent depuis des décennies comme la perfection ou comme une perfection en puissance. Ceci à l’image de Malek Chebel, d’ailleurs.

Ainsi, le résultat d’une telle conférence d’experts pourra toujours être disputé par celui d’autres conférences, et l’instrument «conférence mondiale» s’ajoutera simplement aux autres attributs de la lutte pour le pouvoir au sein de la communauté musulmane. Et un homme qui, outre l’Islam, a étudié la psychanalyse, la sociologie, l’anthropologie et les sciences politiques jusqu’au niveau du doctorat ne s’y trompe certainement pas. Mais qu’importe – si de telles conférences se multiplient, le triste miracle de la prophétie auto-réalisatrice fonctionnera: l’Islam en deviendra plus présentable et sera mieux accepté en Occident. Comme Malek Chebel.

Mais le problème restera entier: comment persuader les Musulmans de réformer vraiment l’Islam, des éléments aussi fondamentaux que le djihad, la dhimma, les houdouds? Car même l’abandon, par exemple, de la partie militaire du djihad n’enlèvera pas à l’Islam ses visées suprématistes. Même l’abandon des châtiments corporels n’enlèvera rien à la haine des non-croyants que le coran inspire naturellement à ceux qui choisissent de croire en la nature révélée de ce livre.

Pour cela, il faut autre chose qu’une conférence d’experts qui sont autant de personnages politiques évoluant déjà sur une même scène. Pour cela, il faut un débat qui reconstitue la confrontation du monde réel, soit celle opposant l’Islam d’une part et ce que nous appelons la modernité d’autre part. Qu’est-ce que la modernité? Au-delà des définitions, ce sont des valeurs, celles qui soutiennent et nourrissent les droits et les libertés dont jouissent les individus du fait de la reconnaissance de leur simple dignité humaine, de la prédominance de cet aspect sur toute idéologie, même religieuse, lorsque celle-ci ne le respecte pas.

Le débat qui modernisera l’Islam sera celui donnant la parole à l’individu lui-même. Directement. Il faut pour cela créer non pas une conférence, mais un débat permanent, ouvert à tout un chacun, à des conditions que toute personne douée de raison et de bon sens peut réunir grâce à un minimum de bonne volonté. Ce débat est d’ailleurs déjà en cours, mené par les penseurs de notre temps et soutenu par les technologies de l’information. Mais il reste très déstructuré, fragile, répétitif, et ainsi peu productif. Pour aboutir plus rapidement à l’issue que tout esprit libre et éclairé devine sans grande peine, il doit simplement être optimisé, et centralisé.

Comme le révèle la tendance suicidaire exacerbée de ses croyants les plus épris de lui, ce dont l’Islam a besoin, c’est d’une remise en question fondamentale entre les valeurs de la croyance et celles de la vie elle-même. Il faut mettre ces valeurs en présence, physiquement et de manière à exclure l'influence de la violence. Il faut créer un lieu pour cela, au centre vibrant de cette religion, et l’ouvrir à toutes celles et tous ceux que le débat sur les valeurs religieuses intéresse au point de s’y consacrer corps et âme, de se rendre à La Mecque, en qualité de simple créature, de pèlerin moderne, anonyme, et d’y débattre des écritures sacrées et de l’avenir de l’Islam, sous le regard omniprésent du monde entier, via Internet.

April 03, 2006

L’Islam se radicalise partout où il le peut

Depuis 1972, sept pays ont introduit ou réintroduit officiellement la charia dans leur législation pénale. Des sondages réalisés dans les pays arabes indiquent des majorités de l’ordre des deux tiers en faveur de l’introduction de la charia, loi non codifiée prévoyant des délits contre Dieu, comme unique source des lois en Jordanie, en Égypte et bien sûr dans les territoires palestiniens. Les Musulmans de Grande-Bretagne sont aussi quelque 61% à souhaiter l’instauration de tribunaux islamiques d’une manière générale et 41% à estimer légitime que la charia soit la loi dans les régions britanniques à majorité musulmane.

Une majorité grandissante de Musulmans, dans les pays musulmans comme en Occident, veulent l’instauration de la charia, c’est-à-dire de la peine de mort pour les apostats; de châtiments corporels indignes, voire mortels, pour des délits mineurs (vol simple), sexuels (adultère, fornication, homosexualité) ou pour toute activité liée à l’alcool; de la discrimination religieuse et sexuelle; et, d’une manière générale, de la suprématie islamique à l’ancienne.

À cela il faut ajouter, pour nourrir la réflexion politique, que la jurisprudence islamique classique (fiqh) autorise tant les juges (qadi) que les organes du pouvoir (police et armée) à rendre la justice. Dans le droit islamique, seul un rideau de perles «sépare» le pouvoir politique et le pouvoir judiciaire. Et cela a régulièrement eu pour corollaire, dans l’histoire, l'utilisation de pouvoirs discrétionnaires dévastateurs par les gouvernements islamiques au nom de la justice divine.

Ces lois sont ainsi tout à fait inutilisables, à de nombreux titres, et leur ancrage dans le coran les rend pratiquement impossibles à modifier ou supprimer une fois mises en vigueur, car cela équivaudrait à une apostasie – quiconque proposerait cela risquerait sa vie. C’est une terrible série de tragédies que leur réintroduction nous prépare.

Parallèlement à cette poussée populaire, d’autres islamistes tentent de promouvoir la notion d’un Islam inoffensif, purement religieux, voire carrément tolérant, à l’aide des mensonges les plus grossiers, tels que celui de la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme, dont seul le texte arabe fait foi et qui fait référence à une «loi» qui n’est autre que la charia.

Lorsque ce texte dit que «les gouvernants et les gouvernés [sont] soumis de la même manière à la Loi et égaux devant elle», il entend que les Musulmans sont les gouvernants et les dhimmis les gouvernés. Lorsque ce texte dit que «la sanction doit être fixée conformément à la Loi», il entend d’une manière différente pour les Musulmans et les autres, pour les hommes et les femmes. Lorsque ce texte dit que «toute personne a le droit d'exprimer ses pensées et ses convictions dans la mesure où elle reste dans les limites prescrites par la Loi», il entend que les insultes contre Allah et le prophète sont punies de mort.

Entre les aspirations ouvertes au retour à un Islam conquérant et les hypocrisies mielleuses, il n’y a guère de place pour les Musulmans qui reconnaissent le caractère moyenâgeux et cruel de leur religion et qui souhaitent en faire une foi tournée vers la vie et vers l’avenir. Et si nous ne faisons rien, la démographie et l’immigration s’allieront pour préparer à nos enfants un sort ignoble, dans un monde rendu à un obscurantisme barbare. Il appartient aux esprits politiques occidentaux, encore épargnés par ce fléau, de se pencher enfin sur la menace mondiale et mortelle que l’Islam fait peser sur le monde, et de mieux y préparer nos lois et nos populations.

Un jour prochain, les Musulmans sortiront de ce tunnel, sans doute, mais ce n’est pas demain la veille, et d’ici là, le monde pourrait avoir profondément changé. L’Islam d’aujourd’hui, par bien des aspects, est pire que le nazisme et le communisme réunis. Il n’y a pas de bon moyen de l’intégrer en l’état. Il faut le refuser, et le contenir. Vite.